La filière oeuf au Royaume-Uni : une "success story" !
20-janv.-2011
Par Nick Bailey, Directeur Général de Joice and Hill Poultry LTD.
En 1988, Madame Edwina Curry, Ministre de la santé déclarait que « la plupart des œufs produits au Royaume-Uni étaient infectés par les salmonelles ». Ses commentaires eurent un effet désastreux sur la filière œuf ; ils entraînèrent une chute vertigineuse de la consommation et l’abattage de nombreux troupeaux. En réalité, nous n’avions pas de vision épidémiologique correcte ; cette année-là, 30 000 cas d’infection à salmonelle et 60 décès ont été enregistrés. Edwina Curry perdit son portefeuille ministériel et beaucoup de producteurs d’œufs ont, sans nul doute, brûlé son effigie. Mais dix ans plus tard, la filière œuf s’était organisée et avait réussi à transformer ce naufrage en « success-story ». En 2004 seulement 8% des élevages britanniques étaient positifs à la salmonelle. (Rapport EFSA). La baisse se poursuit et en 2009 leur nombre n’était que plus que de 0,35%. Les incidences des contaminations par salmonelles ont diminué de plus de deux tiers.
Le « Lion Code »
Comment est-ce arrivé? En 1998 les grands centres de conditionnement ont réintroduit un label de qualité datant des années 50 et le « Lion Code » est née. C’est un nouveau code de bonnes pratiques englobant l’hygiène, la traçabilité, le bien-être des animaux, la vaccination contre Salmonella Enteriditis (SE) et dernièrement Salmonella Typhimurium (ST). Au départ, on utilisait essentiellement des vaccins inactivés mais plus tard l’administration de vaccins vivants s’est largement répandue. Ce code de bonnes pratiques recouvre l’ensemble de la filière, de la mise en place des reproductrices d’un jour (PS) à la réforme des troupeaux en fin de ponte. Il précise aussi les normes en vigueur dans les firmes aliment et les centres de conditionnement. Des contrôles indépendants veillent au respect du « Lion Code » et aujourd’hui 90% des œufs vendus au Royaume-Uni sont sous label « Lion Code ».
Des contrôles sanitaires sont également effectués toutes les 6 semaines dans les couvoirs. Les contrôles hebdomadaires des échantillons de méconium ont été remplacés par des contrôles de casiers d’éclosoirs. Un échantillon sous scellé accompagne chaque livraison de poussins. Le contrôle de l’aliment est primordial pour la sécurité alimentaire et toutes les usines d’aliment fournissant des élevages travaillant sous « Lion Code » doivent se conformer aux codes de bonnes pratiques UFAS/UKASTA. Les aliments ne contiennent aucune protéine d’origine animale et beaucoup de producteurs utilisent des acides tels que Salcurb pour renforcer la sécurité. Les aliments destinés aux reproducteurs sont chauffés.
Les mues sont interdites et la traçabilité des troupeaux s’effectue grâce à un système de passeports.
La marque « Lion Code » soutient la commercialisation des œufs par l’intermédiaire du Service d’information de la filière œuf britannique (British Egg Information Service) et organise des campagnes de promotion pour une meilleure reconnaissance de la marque. La consommation d’œufs a repris ces dernières années.
Programme de contrôle national
Depuis le 1er janvier 2009 les nouvelles réglementations européennes interdisent la commercialisation d’œufs provenant d’élevages infectés par SE et ST, à moins qu’ils n’aient fait l’objet d’un traitement thermique.
Un programme de contrôle National a été mis en place dans chaque pays de l’Union Européenne pour s’assurer que les règlementations sont bien respectées et faire baisser les niveaux d’infection le plus possible.
La filière œuf britannique défend sans relâche depuis 12 ans la mise en place d’un système approprié de contrôles, fondés scientifiquement. En partenariat avec les autorités du Royaume-Uni, elle a participé à la conception du système de contrôle en vigueur.
Tous les contrôles sont effectués selon la méthode hautement sensible MRSV (Modified Bilthoven). Elle s’applique à tout élevage de plus de 350 pondeuses qui doivent suivre le programme suivant :
• Parentales : pédi-chiffonettes de chaque bâtiment toutes les 3 semaines
• Couvoirs. Fonds d’éclosoirs pour chaque troupeau de parentales , plus 60 poussins par livraison
• Poussinières : Pour les élevages au sol pédi-chiffonettes et pour les élevages cages, échantillons de fientes, à 14 semaines.
• En ponte : pédi-chiffonettes ou prélèvement de fientes toutes les 15 semaines à partir de la à 22-26 semaines
• Tout prélèvement positif fait l’objet d’un sérotypage complet (identification de la salmonelle : ex. Enteritidis, Typhimurium) afin de déterminer si cette samonelle est d’origine vaccinale ou sauvage. On vérifie aussi que l’usage d’antibiotiques ne masque pas une infection.
En 2004 lors des premiers contrôles, la majorité des sites positifs étaient des élevages intensifs multi âges. Ce sont ces élevages qui ont eu le plus de travail à effectuer, et entre 2004 et 2009 le nombre de cas positifs est tombé de 8% à 0,35%.
Ceci démontre que l’éradication est tout à fait possible et que la vaccination à elle seule ne constitue pas un remède miracle contre les salmonelles puisque la majorité de ces élevages contaminés auraient été vaccinés au cours de cette période.
La biosécurité est la clé :
Quand cela était possible, les sites sont passés en âge unique ou ont au moins réduit le nombre d’âges sur le site.
• Beaucoup sont passés du lavage à sec au lavage humide pendant le vide sanitaire et ont mis en place des mesures de biosécurité strictes, telles que l’utilisation de vêtements et chaussures spécifiques à chaque bâtiment.
• La prévention des rongeurs, notamment, est une préoccupation majeure et beaucoup de producteurs ont fait appel à des entreprises de dératisation pour éradiquer les infestations chroniques.
En 2009 Edwina Curry a écrit dans la presse nationale : « Il y a 20 ans, alors que j’étais Ministre de la santé, j’ai averti la population britannique que nous avions un problème avec les œufs. 10 ans plus tard, la filière œufs britannique a résolu son problème, n’hésitant pas à dépenser des millions pour cela. Je suis ravie de constater que selon de récentes études, manger des œufs peut être bon pour la santé, ou au moins ce n’est plus mauvais.
Les œufs ne sont pas chers, ils sont nourrissants et délicieux avec des toasts. Mangez-en ! ».